mardi 4 avril 2017

Texte perso : le fantôme et le grimoire magique

Une fois n'est pas coutume, je vais partager avec vous un petit texte écrit l'année dernière. Il s'agit d'une nouvelle rédigée pour un concours sur un forum de lecture. J'y ai participé sans en attendre grand chose et à ma grande surprise, je suis arrivée première. C'est sans doute ce résultat qui m'a réellement poussé à vouloir écrire un roman, ce qui m'a fait dire "ok, peut-être que je suis capable d'écrire quelque chose qui en vaille la peine, qui peut plaire ou résonner auprès d'autres personnes". 

Cette année, un nouveau concours est organisé et j'ai décidé de retenter ma chance. Je vous ferai lire mon texte également dans quelques semaines. Je dois d'abord l'écrire ;-)

Cette petite nouvelle est un texte fantastique orienté jeunesse. La difficulté principale a été de ne pas dépasser la limite de mots imposée. J'ai dû couper dans le texte à plusieurs reprises !
Allez, je me lance...

LE FANTÔME ET LE GRIMOIRE MAGIQUE



Il poussa la porte et découvrit des livres, de nombreux livres. Ils s’entassaient par milliers sur des étagères qui couraient le long des murs. De la reliure en cuir aux parchemins de feuillets volants, ils étaient de toute sorte et de toute couleur.
Clément, 9 ans, contempla la pièce, les yeux écarquillés. Il venait d’emménager avec ses parents dans ce vieux manoir et cette bibliothèque allait sans aucun doute devenir son refuge. Il effleura du bout des doigts les ouvrages de papier, respirant avec bonheur les odeurs de poussière et de colle, déjà tout fébrile à l’idée des heures de délice à venir.
Subitement, une voix fluette lui chuchota :
— Veux-tu voir le livre le plus extraordinaire au monde ?
L’enfant se retourna mais il était seul. Il chercha autour de lui qui avait bien pu lui parler. Personne ne se cachait derrière les rideaux de la large fenêtre ni dans le buffet près de la porte. Sans doute était-ce le vent dans la cheminée qui lui jouait des tours.
— Écoute-moi. Il y a un livre magique caché juste pour toi.
Cette fois, il en était sur, quelqu’un lui parlait.
— Qui es-tu et où es-tu ? Je ne te vois pas.
— Je n’ai plus de nom, je l’ai oublié. Vois-tu, je suis le fantôme de ce manoir. Avant je discutais avec la femme qui vivait ici, mais depuis qu’elle est partie, je suis toute seule. Alors, veux-tu connaître mon secret ? s’impatienta la voix.
Clément fronça les sourcils. Quelle farce était-ce là ? Un fantôme… La demeure ressemblait un peu aux vieilles maisons hantées des films d’épouvante, mais tout de même, il était assez grand pour savoir que ce genre de chose n’existait pas ! Pourtant, poussé par la curiosité, il répondit, l’air blasé :
— Puisque tu y tiens tant, montre-le-moi, ton livre.
— Appuie sur la couronne du contrecœur, ordonna la voix.
— Sur quoi ?
— La couronne sur la plaque au fond de la cheminée.
Clément s’exécuta. Il appuya sur le dessin gravé dans la fonte qui s’enfonça en révélant une cachette dans le mur couvert de suie. Le jeune garçon ouvrit de grands yeux, tout étonné de ce petit miracle. À l’intérieur se trouvait un livre d’apparence banale, assorti d’une plume et d’un encrier. Il s’empara de l’ouvrage et fut déçu d’y constater une suite de pages blanches.
— C’est ça ton livre ? Il n’a rien de fantastique !
— Laisse-moi t’expliquer. C’est un livre magique. Tu dois écrire une histoire sur ses pages pour comprendre.
— Moi ce que j’aime, c’est lire, pas écrire ! bougonna Clément.
— Essaie ! Je suis sûre que ça va te plaire.
Encore une fois, la curiosité fut la plus forte. Il saisit la rémige à l’aube noire, la trempa dans l’encrier puis traça quelques lignes maladroites. L’écriture à la plume n’était pas aisée et la page s’ornait désormais de quelques grosses taches cramoisies. À part cela, rien de significatif ne se produisit.
— Je savais bien que tout ça, c’était n’importe quoi.
Il s’apprêtait à refermer le livre lorsque la voix lui chuchota à l’oreille :
— Écris le mot « FIN » et nous verrons si j’ai menti.
Dans un soupir, il esquissa le mot requis. Un courant d’air souleva ses cheveux blonds tandis qu’apparaissait devant lui un chevalier en armure monté sur un splendide cheval à la robe immaculée, exactement comme il l’avait décrit dans le fameux livre.
— Plus tu utiliseras le livre et plus je deviendrais tangible à tes yeux, lui confia le fantôme dont la silhouette se devinait maintenant à sa gauche. C’était en vérité une fillette de son âge habillée d’une robe à fleur et qui semblait flotter dans les airs.
— Toutes les histoires que tu écriras sur ces pages, tu pourras les voir se dérouler devant toi et même les vivre. La seule condition, c’est de ne jamais sortir ce livre de la bibliothèque et de ne révéler mon existence ou celle du grimoire à personne, reprit-elle.
Tout était si impossible que Clément hésitait entre fuir ou éclater de rire. Il finit par reprendre la plume et écrivit fébrilement de nouvelles phrases sur le papier ivoire. La bibliothèque s’effaça peu à peu pour laisser place à un paysage bucolique avec dans le lointain, un château aux murailles étincelantes. Soudain, un dragon aux écailles ténébreuses surgit en crachant des flammes. L’homme en armure combattit l’animal fabuleux jusqu’à ce qu’il succombe, transpercé de son épée.
L’enfant, émerveillé, s’approcha pour toucher les écailles ébène de l’impossible bête. Ses doigts apprécièrent la dureté des plaques de kératine, la pointe effilée des épines qui soulignaient son dos. Pas de doute, un dragon reposait là, devant lui. Il recula brusquement, apeuré.
— Ne crains rien, le rassura la fillette opalescente. Aucune de tes créations ne peut te blesser. En plus, ce que tu crées ne peut être vu que de nous et si tu refermes le livre, tout disparaîtra.
Clément observa le chevalier qui se tenait là avec le dragon à ses pieds. Comment tout cela était-il possible ? Tout à coup, un cri le fit revenir à la réalité.
— À table ! ordonnait sa maman depuis la cuisine.
Il referma le livre et le monde réel reprit ses droits, comme si rien ne s’était produit. Il rangea rapidement son nouveau trésor derrière la brique amovible. Ce grimoire était si riche de possibilités que c’en était vertigineux. Lorsqu’il franchit la porte pour sortir, la voix spectrale le suivait encore dans un dernier écho :
— Reviens vite…
Et il revint, chaque jour. Il restait des heures dans la bibliothèque à inventer de nouvelles histoires pour mieux les voir prendre vie. Il s’enivrait de la clameur des batailles, riait face à des sortilèges impossibles, vibrait devant les princesses en danger. Et surtout, il aimait entendre le rire charmant de sa nouvelle amie. Le temps qu’ils passaient ensemble et les histoires partagées les rendaient de plus en plus complices.
Ainsi, chaque jour, l’enfant et le fantôme se retrouvaient pour créer des contes incroyables. Clément ne se lassait pas d’évoluer dans ses mondes fantastiques. Il revenait de plus en plus souvent la nuit, à l’insu du reste de la maisonnée. Il n’existait plus que dans ses mondes imaginaires en compagnie de son amie au sourire enjôleur dont les traits se faisaient de plus en plus nets.
Des cernes noirs commencèrent à creuser son visage. Son air absent et son manque de concentration finirent par alerter son entourage jusqu’à ce que ses parents lui annoncent un soir :
— Nous avons décidé de t’interdire l’accès à la bibliothèque. C’est devenu une obsession. Tu ne sors plus, tu ne joues plus avec tes amis. Tu passes ton temps parmi les livres et oublies tout le reste. Ça ne peut plus durer. Tu dois vivre un peu ailleurs que dans cette pièce poussiéreuse !
Il eut beau pleurer, supplier, crier, rien n’y fit. Ses parents furent inflexibles. Ce soir-là, il décida donc de voler la clé de la porte interdite. Il attendit le doux ronflement de son père pour entrer dans la chambre à pas de loups. Il s’arrêta quelques instants, observa la respiration profonde de sa mère puis s’empara de la clé en fer forgé placée en évidence sur la commode. Voilà, elle reposait dans sa paume, froide et lourde de son méfait. Pourtant Clément n’avait pas honte. La tentation était trop forte de créer des mondes merveilleux, une dernière fois.
Il se rendit dans sa pièce fétiche qui s’ouvrit sans effort grâce à la clé dérobée. Lorsque le fantôme apparut à ses côtés, maintenant tout à fait visible comme une véritable enfant, il lui sourit et sortit l’ouvrage magique de sa cachette sans oser lui avouer qu’ils ne se verraient sans doute plus avant longtemps. Il décida donc d’en faire un moment unique, inoubliable. Il écrivit frénétiquement sur les pages du livre désormais familier. Il enchaînait les phrases, s’immergeant totalement dans l’écriture de sa plus belle histoire, celle qui les ferait rêver pour toutes les nuits à venir. Il écrivit tant que l’encrier se vida. À peine eut-il de quoi tracer le mot FIN qui donnait vie à l’enchantement.
Enfin, il reposa la plume asséchée et admira son œuvre la plus ambitieuse. Toute la nuit, son histoire se déroula, enchanteresse, révélant un arc-en-ciel de couleur dans la bibliothèque autrefois assoupie. La fillette rit et applaudit à plusieurs reprises. Ils chevauchèrent une licorne, croisèrent des fées dans une forêt, gravirent un escalier de feuilles d’or, se délectèrent de gâteaux aux glaçages brillants et plein d’autres choses encore. À chaque heure qui passait, son amie semblait plus vivante, plus réelle. Ses joues rosies de plaisir incarnaient la joie de vivre pour le plus grand bonheur du jeune garçon. Il se régalait de ces instants volés, oubliant presque qu’il faudrait en faire son deuil au matin.
L’aube se levait lorsque l’histoire se termina dans un dernier éclair de lumière. Alors, la fillette se dirigea vers le livre si précieux et le referma. Clément reçut la fin abrupte de leur voyage telle une douche froide puis s’étonna :
— Comment as-tu fait ça !
— Grâce à toi, je ne suis plus un fantôme.
Elle rangea le trésor dans la cheminée et se retourna au moment où la porte s’ouvrait. Les parents étaient là tous les deux, courroucés.
— Nous pensions avoir été clairs hier ! Sors d’ici tout de suite et monte dans ta chambre !
— Je suis désolé, soupira Clément, penaud. Il commença à bredouiller une explication à la présence d’une fillette inconnue dans la maison mais fut interrompu.
— Allez, dépêche-toi, déclara sa mère en lui tendant la main.
Il s’avança pour la saisir, perplexe, mais ne trouva que le vide.
— Alors Clémence, qu’attends-tu ?
Incrédule, il vit la fillette glisser ses doigts dans la main offerte.
— J’arrive maman.
Que se passait-il ? Clément cria, hurla, mais personne ne l’entendait. Il se plaça devant la porte pour leur bloquer la sortie, mais son corps inconsistant n’arrêta personne. Il regarda la traîtresse quitter la pièce, un sourire sardonique accroché aux lèvres. Elle l’avait emprisonné pour toujours auprès des livres qu’il aimait tant, condamné à les admirer sans plus jamais pouvoir les ouvrir. Il ne lui restait que ses souvenirs, un livre aux pages vierges, une plume noire et un encrier vide.

3 commentaires:

  1. Bravo! C'est si bien écrit! :) Est-ce vraiment ton tout premier texte?
    J'avais deviné la fin aussitôt que tu as décrit les cernes du garçon, mais bon, je devine souvent les intrigues des histoires... Tout de même, c'est très original, accrocheur et agréable à lire! :) Maintenant, j'attends ton premier roman! ;)

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    1. Merci :-)
      Ce n'est pas mon premier texte mais un des premiers avec un début, un milieu et une fin :-D J'ai la fâcheuse tendance à ne pas aller au bout des histoires que je commence...
      Dommage que le suspense n'ait pas tenu jusque la fin pour toi mais bon, si tu as aimé, c'est déjà bien !
      Pour mon roman, j'espère que tu es patiente... ;-)

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    2. Oui, je saurai patienter... :) Mais il faudra le terminer celui-là! ;)

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