mardi 4 avril 2017

Texte perso : le fantôme et le grimoire magique

Une fois n'est pas coutume, je vais partager avec vous un petit texte écrit l'année dernière. Il s'agit d'une nouvelle rédigée pour un concours sur un forum de lecture. J'y ai participé sans en attendre grand chose et à ma grande surprise, je suis arrivée première. C'est sans doute ce résultat qui m'a réellement poussé à vouloir écrire un roman, ce qui m'a fait dire "ok, peut-être que je suis capable d'écrire quelque chose qui en vaille la peine, qui peut plaire ou résonner auprès d'autres personnes". 

Cette année, un nouveau concours est organisé et j'ai décidé de retenter ma chance. Je vous ferai lire mon texte également dans quelques semaines. Je dois d'abord l'écrire ;-)

Cette petite nouvelle est un texte fantastique orienté jeunesse. La difficulté principale a été de ne pas dépasser la limite de mots imposée. J'ai dû couper dans le texte à plusieurs reprises !
Allez, je me lance...

LE FANTÔME ET LE GRIMOIRE MAGIQUE



Il poussa la porte et découvrit des livres, de nombreux livres. Ils s’entassaient par milliers sur des étagères qui couraient le long des murs. De la reliure en cuir aux parchemins de feuillets volants, ils étaient de toute sorte et de toute couleur.
Clément, 9 ans, contempla la pièce, les yeux écarquillés. Il venait d’emménager avec ses parents dans ce vieux manoir et cette bibliothèque allait sans aucun doute devenir son refuge. Il effleura du bout des doigts les ouvrages de papier, respirant avec bonheur les odeurs de poussière et de colle, déjà tout fébrile à l’idée des heures de délice à venir.
Subitement, une voix fluette lui chuchota :
— Veux-tu voir le livre le plus extraordinaire au monde ?
L’enfant se retourna mais il était seul. Il chercha autour de lui qui avait bien pu lui parler. Personne ne se cachait derrière les rideaux de la large fenêtre ni dans le buffet près de la porte. Sans doute était-ce le vent dans la cheminée qui lui jouait des tours.
— Écoute-moi. Il y a un livre magique caché juste pour toi.
Cette fois, il en était sur, quelqu’un lui parlait.
— Qui es-tu et où es-tu ? Je ne te vois pas.
— Je n’ai plus de nom, je l’ai oublié. Vois-tu, je suis le fantôme de ce manoir. Avant je discutais avec la femme qui vivait ici, mais depuis qu’elle est partie, je suis toute seule. Alors, veux-tu connaître mon secret ? s’impatienta la voix.
Clément fronça les sourcils. Quelle farce était-ce là ? Un fantôme… La demeure ressemblait un peu aux vieilles maisons hantées des films d’épouvante, mais tout de même, il était assez grand pour savoir que ce genre de chose n’existait pas ! Pourtant, poussé par la curiosité, il répondit, l’air blasé :
— Puisque tu y tiens tant, montre-le-moi, ton livre.
— Appuie sur la couronne du contrecœur, ordonna la voix.
— Sur quoi ?
— La couronne sur la plaque au fond de la cheminée.
Clément s’exécuta. Il appuya sur le dessin gravé dans la fonte qui s’enfonça en révélant une cachette dans le mur couvert de suie. Le jeune garçon ouvrit de grands yeux, tout étonné de ce petit miracle. À l’intérieur se trouvait un livre d’apparence banale, assorti d’une plume et d’un encrier. Il s’empara de l’ouvrage et fut déçu d’y constater une suite de pages blanches.
— C’est ça ton livre ? Il n’a rien de fantastique !
— Laisse-moi t’expliquer. C’est un livre magique. Tu dois écrire une histoire sur ses pages pour comprendre.
— Moi ce que j’aime, c’est lire, pas écrire ! bougonna Clément.
— Essaie ! Je suis sûre que ça va te plaire.
Encore une fois, la curiosité fut la plus forte. Il saisit la rémige à l’aube noire, la trempa dans l’encrier puis traça quelques lignes maladroites. L’écriture à la plume n’était pas aisée et la page s’ornait désormais de quelques grosses taches cramoisies. À part cela, rien de significatif ne se produisit.
— Je savais bien que tout ça, c’était n’importe quoi.
Il s’apprêtait à refermer le livre lorsque la voix lui chuchota à l’oreille :
— Écris le mot « FIN » et nous verrons si j’ai menti.
Dans un soupir, il esquissa le mot requis. Un courant d’air souleva ses cheveux blonds tandis qu’apparaissait devant lui un chevalier en armure monté sur un splendide cheval à la robe immaculée, exactement comme il l’avait décrit dans le fameux livre.
— Plus tu utiliseras le livre et plus je deviendrais tangible à tes yeux, lui confia le fantôme dont la silhouette se devinait maintenant à sa gauche. C’était en vérité une fillette de son âge habillée d’une robe à fleur et qui semblait flotter dans les airs.
— Toutes les histoires que tu écriras sur ces pages, tu pourras les voir se dérouler devant toi et même les vivre. La seule condition, c’est de ne jamais sortir ce livre de la bibliothèque et de ne révéler mon existence ou celle du grimoire à personne, reprit-elle.
Tout était si impossible que Clément hésitait entre fuir ou éclater de rire. Il finit par reprendre la plume et écrivit fébrilement de nouvelles phrases sur le papier ivoire. La bibliothèque s’effaça peu à peu pour laisser place à un paysage bucolique avec dans le lointain, un château aux murailles étincelantes. Soudain, un dragon aux écailles ténébreuses surgit en crachant des flammes. L’homme en armure combattit l’animal fabuleux jusqu’à ce qu’il succombe, transpercé de son épée.
L’enfant, émerveillé, s’approcha pour toucher les écailles ébène de l’impossible bête. Ses doigts apprécièrent la dureté des plaques de kératine, la pointe effilée des épines qui soulignaient son dos. Pas de doute, un dragon reposait là, devant lui. Il recula brusquement, apeuré.
— Ne crains rien, le rassura la fillette opalescente. Aucune de tes créations ne peut te blesser. En plus, ce que tu crées ne peut être vu que de nous et si tu refermes le livre, tout disparaîtra.
Clément observa le chevalier qui se tenait là avec le dragon à ses pieds. Comment tout cela était-il possible ? Tout à coup, un cri le fit revenir à la réalité.
— À table ! ordonnait sa maman depuis la cuisine.
Il referma le livre et le monde réel reprit ses droits, comme si rien ne s’était produit. Il rangea rapidement son nouveau trésor derrière la brique amovible. Ce grimoire était si riche de possibilités que c’en était vertigineux. Lorsqu’il franchit la porte pour sortir, la voix spectrale le suivait encore dans un dernier écho :
— Reviens vite…
Et il revint, chaque jour. Il restait des heures dans la bibliothèque à inventer de nouvelles histoires pour mieux les voir prendre vie. Il s’enivrait de la clameur des batailles, riait face à des sortilèges impossibles, vibrait devant les princesses en danger. Et surtout, il aimait entendre le rire charmant de sa nouvelle amie. Le temps qu’ils passaient ensemble et les histoires partagées les rendaient de plus en plus complices.
Ainsi, chaque jour, l’enfant et le fantôme se retrouvaient pour créer des contes incroyables. Clément ne se lassait pas d’évoluer dans ses mondes fantastiques. Il revenait de plus en plus souvent la nuit, à l’insu du reste de la maisonnée. Il n’existait plus que dans ses mondes imaginaires en compagnie de son amie au sourire enjôleur dont les traits se faisaient de plus en plus nets.
Des cernes noirs commencèrent à creuser son visage. Son air absent et son manque de concentration finirent par alerter son entourage jusqu’à ce que ses parents lui annoncent un soir :
— Nous avons décidé de t’interdire l’accès à la bibliothèque. C’est devenu une obsession. Tu ne sors plus, tu ne joues plus avec tes amis. Tu passes ton temps parmi les livres et oublies tout le reste. Ça ne peut plus durer. Tu dois vivre un peu ailleurs que dans cette pièce poussiéreuse !
Il eut beau pleurer, supplier, crier, rien n’y fit. Ses parents furent inflexibles. Ce soir-là, il décida donc de voler la clé de la porte interdite. Il attendit le doux ronflement de son père pour entrer dans la chambre à pas de loups. Il s’arrêta quelques instants, observa la respiration profonde de sa mère puis s’empara de la clé en fer forgé placée en évidence sur la commode. Voilà, elle reposait dans sa paume, froide et lourde de son méfait. Pourtant Clément n’avait pas honte. La tentation était trop forte de créer des mondes merveilleux, une dernière fois.
Il se rendit dans sa pièce fétiche qui s’ouvrit sans effort grâce à la clé dérobée. Lorsque le fantôme apparut à ses côtés, maintenant tout à fait visible comme une véritable enfant, il lui sourit et sortit l’ouvrage magique de sa cachette sans oser lui avouer qu’ils ne se verraient sans doute plus avant longtemps. Il décida donc d’en faire un moment unique, inoubliable. Il écrivit frénétiquement sur les pages du livre désormais familier. Il enchaînait les phrases, s’immergeant totalement dans l’écriture de sa plus belle histoire, celle qui les ferait rêver pour toutes les nuits à venir. Il écrivit tant que l’encrier se vida. À peine eut-il de quoi tracer le mot FIN qui donnait vie à l’enchantement.
Enfin, il reposa la plume asséchée et admira son œuvre la plus ambitieuse. Toute la nuit, son histoire se déroula, enchanteresse, révélant un arc-en-ciel de couleur dans la bibliothèque autrefois assoupie. La fillette rit et applaudit à plusieurs reprises. Ils chevauchèrent une licorne, croisèrent des fées dans une forêt, gravirent un escalier de feuilles d’or, se délectèrent de gâteaux aux glaçages brillants et plein d’autres choses encore. À chaque heure qui passait, son amie semblait plus vivante, plus réelle. Ses joues rosies de plaisir incarnaient la joie de vivre pour le plus grand bonheur du jeune garçon. Il se régalait de ces instants volés, oubliant presque qu’il faudrait en faire son deuil au matin.
L’aube se levait lorsque l’histoire se termina dans un dernier éclair de lumière. Alors, la fillette se dirigea vers le livre si précieux et le referma. Clément reçut la fin abrupte de leur voyage telle une douche froide puis s’étonna :
— Comment as-tu fait ça !
— Grâce à toi, je ne suis plus un fantôme.
Elle rangea le trésor dans la cheminée et se retourna au moment où la porte s’ouvrait. Les parents étaient là tous les deux, courroucés.
— Nous pensions avoir été clairs hier ! Sors d’ici tout de suite et monte dans ta chambre !
— Je suis désolé, soupira Clément, penaud. Il commença à bredouiller une explication à la présence d’une fillette inconnue dans la maison mais fut interrompu.
— Allez, dépêche-toi, déclara sa mère en lui tendant la main.
Il s’avança pour la saisir, perplexe, mais ne trouva que le vide.
— Alors Clémence, qu’attends-tu ?
Incrédule, il vit la fillette glisser ses doigts dans la main offerte.
— J’arrive maman.
Que se passait-il ? Clément cria, hurla, mais personne ne l’entendait. Il se plaça devant la porte pour leur bloquer la sortie, mais son corps inconsistant n’arrêta personne. Il regarda la traîtresse quitter la pièce, un sourire sardonique accroché aux lèvres. Elle l’avait emprisonné pour toujours auprès des livres qu’il aimait tant, condamné à les admirer sans plus jamais pouvoir les ouvrir. Il ne lui restait que ses souvenirs, un livre aux pages vierges, une plume noire et un encrier vide.

dimanche 2 avril 2017

Ecrire une histoire : comment structurer ?

Il n’est pas toujours facile de s’engager dans l’écriture d’une histoire, qui plus est d’un roman. Comment faire pour que tout s’enchaine convenablement ? Pour éviter les longueurs et les incohérences ? Pour entretenir l’intérêt du lecteur ? Bizarrement, j’ai trouvé très peu d’information sur les sites français. A l’inverse, les anglo-saxons sont très prolixes sur le sujet. A croire que nous les français, nous n’aimons pas les méthodes et que l’écriture doit rester instinctive… sauf que parfois, avoir un plan, une méthode, c’est bien pratique ! Je vais donc partager avec vous quelques astuces.

Il existe plusieurs structures bien connues (le voyage du héros, la structure en 3 actes), mais toutes reposent sur les mêmes points clés : 

1. The Hook (l’accroche)
Présente la situation initiale et l’élément perturbateur.
2. First Plot Point (1er point d’intrigue) - à 25% du roman
 Introduction du conflit. Le héros accepte son destin. Pas de retour en arrière possible.
3. Pinch Point 1 (1er pincement) - au 3/8 du roman
Confrontation avec la force antagoniste. Dévoile sa nature et ses implications.
4. Mid Point (Point central) - à 50% du roman
Un élément vient changer la perspective du héros. Au lieu de réagir aux évènements, il va maintenant passer à l’action.
5. Pinch Point 2 (2e pincement) - au 5/8 du roman
Confrontation avec l’opposant. Les choses empirent. Les enjeux sont plus importants.
6. Second Plot Point (2e point d’intrigue) - à 75% du roman
Une dernière information est dévoilée. Le héros a maintenant toutes les cartes pour aller vers la résolution finale.
7. Résolution
Climax, bataille finale. Tout trouve sa résolution, bonne ou mauvaise.

Ici, un petit schéma car c’est souvent plus parlant en image : 



Et pour bien comprendre, une illustration par l’exemple avec « Harry Potter à l’école des sorciers » : 

1. The Hook : Situation initiale : Harry Potter est logé chez son oncle et ne se trouve pas à sa place. Il est malheureux. Elément perturbateur : il reçoit une lettre qui l’invite à l’école de Poudlard. Il découvre qu’il est un sorcier.

2. First Plot Point : Harry part pour Poudlard et prend le train sur le quai 9 3/4.

3. Pinch Point 1 : Harry est confronté pour la première fois à Rogue. Il rencontre aussi le professeur Quirrell et note son turban. Dumbledore informe les élèves que le 3e étage est interdit.

4. Mid Point : Harry réalise que le paquet retiré de la banque par Hagrid se trouve au 3e étage.

5. Pinch Point 2 : Harry aperçoit la jambe mordue de Rogue. S’ensuit le match de Quiddich lors duquel la vie d’Harry est mise en danger, supposément par Rogue.

6. Second Plot Point : Harry réalise que Voldemort veut la pierre philosophale. Il apprend qu’Hagrid a avoué à un étranger comment faire pour endormir Fluffy.

7. Résolution : Harry décide d'aller récupérer la pierre philosophale pour la protéger. Il fait face à Voldemort et réussit à déjouer ses plans. L’année d’école se termine. 

***

Pour aller plus loin : si l'on devait diviser un roman en 4 parties (comme sur le schéma plus haut), les informations doivent se dérouler comme suit : 

1. L'orphelin - la mise en place
On met en place tout ce qui servira pour la suite. On établit les enjeux pour ce qui arrivera au héros après la première partie. Ici, on fait tout pour le lecteur veuille connaître la suite.
Cette partie se termine lorsque le héros se rend compte que sa vie va changer. Un évènement effrayant ou tentateur, un obstacle le pousse vers ce qu'il doit accomplir.

2. Le promeneur - la réponse
Les réels enjeux et la finalité de l'histoire sont révélés : c'est l'épreuve de force entre le héros et l'opposant qui se tient entre lui et ce qu'il doit accomplir, obtenir ou changer pour atteindre son but. Ce n'est plus le but exposé dans la 1ère partie mais celui créé par l'élément perturbateur.
Le héros coure, se cache, analyse, observe, calcule, planifie, se fait des alliés. Bref, il fait tout ce qui est nécessaire pour pouvoir aller de l'avant.

3. Le guerrier - l'attaque
Le héros commence à essayer de prendre les choses en main, à atteindre véritablement son but. Il agit. C'est là qu'il fait face à des obstacles et les franchit. Il vainc ses démons intérieurs pour faire les choses différemment et réussir. Il fait appel à son courage et pense autrement. Maintenant, il mène le jeu. 

4. Le martyre - la résolution
Aucune nouvelle information ne peut être révélée. Tout à déjà été dit. Tout ce dont le héros a besoin (information, objet, allié) est en place. Le protagoniste se donne entièrement dans la bataille. Il s'expose intégralement. C'est là qu'il gagne le droit de s'appeler "héros".


J'espère que tout cela vous a aidé. Je reviendrai bientôt avec d'autres articles qui expliqueront plus en détail les différentes scènes à intégrer à votre histoire et quelles sont les bonnes questions que l'on doit se poser. 
Allez, à vos stylos !

samedi 25 mars 2017

Forbidden de Tabitha SUZUMA

Résumé : 

Seventeen-year-old Lochan and sixteen-year-old Maya have always felt more like friends than siblings. Together they have stepped in for their alcoholic, wayward mother to take care of their three younger siblings. As de facto parents to the little ones, Lochan and Maya have had to grow up fast. And the stress of their lives—and the way they understand each other so completely—has also brought them closer than two siblings would ordinarily be. So close, in fact, that they have fallen in love. Their clandestine romance quickly blooms into deep, desperate love. They know their relationship is wrong and cannot possibly continue. And yet, they cannot stop what feels so incredibly right.

Traduction maison : Lochan, 17 ans et Maya, 16 ans, se sont toujours vu plus comme deux amis que comme frère et soeur. Ensemble, ils ont pris la place de leur mère instable et alcoolique pour prendre soin de leurs jeunes frères et soeur. Etant de fait les parents des plus petits, Lochan et Maya ont grandi très vite. Le stress de leur vie et le fait qu'ils se comprennent si parfaitement l'un l'autre les ont également rapprochés bien plus que ne le sont habituellement deux membres d'une même fratrie. Tant rapprochés en fait, qu'ils sont tombés amoureux. Leur romance clandestine se transforme rapidement en un amour profond et désespéré. Ils savent que c'est mal et qu'ils ne peuvent pas continuer. Pourtant, ils ne peuvent stopper ce qu'ils ressentent comme si incroyablement juste.

Avis : 

Ce livre, comme vous pouvez le constater, est en anglais. Mais il a tant remporté les suffrages que les internautes se sont mobilisés et une pétition a circulé pour que le livre soit traduit en français. Finalement, les droits ont été rachetés par Bragelonne et il sortira en France dans les mois à venir. De mon côté, je l'ai lu en 3 jours, chose assez rare pour être soulignée (surtout un livre en VO, car même s'il m'arrive de plus en plus de lire dans la langue de Shakespeare, je ne suis absolument pas bilingue)...

Le thème est très subversif et peut en rebuter certains. Pourtant, ce serait bien dommage de passer à côté de ce livre hors du commun. Alors oui, on parle d'amour entre un frère et une soeur. Oui, c'est choquant. Mais c'est si bien écrit. Si bien d'ailleurs que l'on est tiraillé avec eux par ces sentiments qu'ils savent être hors normes, interdits, mais qu'ils ne peuvent étouffer.

Et puis surtout, ce livre n'est pas tant une réflexion sur l'inceste et sa légitimité, que le récit d'une désespérance. Car ce livre est l'histoire d'une fratrie qui se débat pour survivre et renvoyer une image de normalité quand au contraire tout va mal. Un père absent, une mère alcoolique et égocentrique qui ne fait que de brèves apparitions dans la vie de ses enfants, et les voilà qui doivent tout prendre en charge, de l'organisation des corvées quotidiennes à la gestion des factures, en passant par l'éducation des plus jeunes. Les deux aînés se voient donc élevés au rang de parents qu'ils ne sont pas et sont écrasés par le poids de tout ce qu'ils ont à gérer. Sans compter que Lochan souffre d'une phobie sociale qui le force à dépasser ses limites pour le bien de ses frères et soeurs, pas toujours conscients de ses sacrifices. Seule Maya le comprend et c'est comme ça que tout s’enchaîne.

Tout le long du roman, on souffre avec ces ados qui jonglent avec les responsabilités qui leur sont imposées, jusqu'au final, inévitable et si poignant à la fois. Roman sombre donc, qui sait rendre les émotions de façon si juste qu'à aucun moment on ne ressent de malaise face aux relations incestueuses qui sont décrites ici. Il s'agit simplement d'amour, celui que l'on donne et que l'on reçoit de façon totalement désespérée quand rien autour n'apporte de bonheur et ne semble briller si fort. Et le tour de force de l'auteur est d'avoir su éclairer d'une touche de lumière le final qui aurait pu plonger le lecteur dans les abîmes d'un désespoir sans retour.

Maintenant, si je dois émettre quelques réserves pour un avis totalement objectif, c'est un livre assez lent. Pas vraiment d'action ici même si des scènes fortes émaillent l'ensemble. Par ailleurs, dans la relation interdite des frère et soeur, c'est toujours la fille qui pousse à la faute tandis que le plaisir charnel éprouvé est presque exclusivement l'apanage du garçon. La constante peut amener à se poser des questions sur la vision de l'auteur à ce niveau, mais le reste de leur amour est si beau et absolu qu'on lui pardonne. Enfin, le personnage de la mère est à mon sens sous exploité. Elle n'apparait que pour laisser de l'espace et de l'intimité aux 2 ados et pour enfoncer le clou quant à son comportement inacceptable. Au lieu d'en faire un personnage essentiel de l'histoire, elle ne fait que servir l'intrigue et le fil est un peu trop gros.

Pour autant, et malgré ses petits défauts, c'est une lecture qui vaut le détour, indéniablement. Voila un livre que je conseille, tout simplement pour la plume de l'auteur et la justesse des sentiments. Mais aussi pour lire ce que peut être la réalité de certaines familles en perdition, malheureusement.

samedi 7 janvier 2017

Alice Royale de Céline MANCELLON

 Résumé :

Suite à un étrange e-mail, Alice Royale, enquêtrice fraîchement libérée du Centre des Êtres Clonés, se rend dans une discothèque où Humains et Vampires se côtoient. Sa nature l'a dotée de facultés psi lui permettant l'immunité contre les attaques psychiques des créatures aux dents longues. Mais à peine a-t-elle accepté la mission qu'une autre se présente à elle... et son partenariat avec l'inspecteur Villard, spécimen masculin un brin chatouilleux et susceptible, risque fort de perturber la petite vie tranquille qu'elle menait jusque-là.



Avis :

Nous voilà donc dans de la bit-lit plutôt classique sur la forme, mais qui a su se démarquer par quelques particularités, notamment son héroïne : Alice n'est pas une femme comme les autres, elle est un clone. De ce fait, elle a été élevée pour remplir son rôle dans la société, mais côté éducation sentimentale, c'est le néant. Et, une fois n'est pas coutume, le mâle qui retient son attention est un humain (les choses se compliquent au final, mais tout de même, c'est assez rare pour être souligné).

En dehors de cela, on retrouve très vite les codes du genre. Un meurtre et une disparition vont l'amener à enquêter au côté d'un flic humain (1er prétendant). Elle se rend donc dans une discothèque gérée par 2 frères vampires et dont l'un (Julius, le 2e prétendant) va tomber sous son charme, sa curiosité attisée par le total hermétisme d'Alice face à ses pouvoirs de séduction. Pour l'aider, elle va également s'allier à un roi démon (3e prétendant) qui lui non plus ne va pas cacher son attirance pour la jeune femme.

Côté style, rien d'exceptionnel, mais après tout, c'est une lecture détente sans prise de tête. L'histoire elle-même ne révolutionne pas le genre et l'on retrouve le cliché habituel de la fille physiquement banale qui va attirer tous les mâles les plus séduisants de la région. Etant clone, elle dispose de certaines capacités parapsychiques. Alice a hérité d'un 6e sens ultra-développé. Du moins, c'est ce qui est dit car on ne voit pas bien ce que son "pouvoir" apporte à l'histoire. Malgré tout, l'enquête est suffisamment bien ficelée pour que l'on y croit et la naïveté de l'héroïne apporte un brin de fraicheur bienvenu.

Le roman est court et se lit rapidement, parfait si vous voulez vous évader le temps d'un après-midi. Les personnages masculins ont chacun leur charme et vous trouverez forcément l'un d'eux à votre goût. La fin laisse entendre une évolution dans les capacités surnaturelles d'Alice et j'avoue avoir été particulièrement intriguée par le Hunter démon qui semble cacher bien des secrets !

Phobos - Tome 1 de Victor DIXEN

Résumé :

Six prétendantes.
Six prétendants.
Six minutes pour se rencontrer.
L’éternité pour s’aimer.

Ils veulent marquer l’histoire avec un grand H.
Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

Elle veut trouver l’amour avec un grand A. Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour… Même si le rêve tourne au cauchemar, il est trop tard pour le regretter.

Mon avis :

Ce livre a déjà été beaucoup chroniqué, mais j’ai voulu ajouter ma pierre à l'édifice pour nuancer peut-être les avis très positifs que l’on peut lire un peu partout. Alors, non, ce livre n’est pas mauvais. Mais il n’est pas parfait non plus.

Le style est simple et direct, ce que l’on recherche en somme pour un roman de ce genre. Le pitch de départ est intéressant et original : la télé-réalité, qu’on le veuille ou non, a aujourd’hui envahi nos écrans au point de devenir un rêve d’avenir pour certains jeunes. Quoi de plus naturel alors, que de les attirer en imaginant l’émission ultime : celle où l’on suit 12 ados dans leur voyage vers Mars et leurs tentatives de séduction pour former des couples sur la planète rouge. Le seul hic, c’est que justement, si vous vous attendiez à voir les personnages durant leur speed-dating et comprendre comment les affinités se créent, vous en serez pour vos frais. Bien sûr, on assiste à certaines séances au parloir, mais c’est finalement assez succinct. L’intrigue se concentre essentiellement sur le complot qui a conduit ces jeunes à se lancer dans l’aventure malgré les risques gardés secrets par un petit groupe avide d’argent et de pouvoir.

On alterne ainsi les chapitres entre la Terre et la station spatiale ce qui met en exergue le décalage entre les sentiments des adolescentes (oui, car on suit les filles. Les garçons sont un peu laissés pour compte dans ce tome), et ce que les gens perçoivent d’elles vu de l’extérieur. En cela, c’est plutôt réussi, avec toutes les dérives et les conséquences disproportionnées que l’on peut observer. Le point de vue très ironique et acerbe de la grande méchante du livre est également assez percutant, car il exacerbe la différence entre l’image qu’elle renvoie à ses protégées, et ce qu’elle est vraiment.

Mais, la façon qu’a Serena d’expliciter tout ce qu’elle dit ou fait sonne affreusement faux. On sent terriblement ici le besoin de l’auteur de faire passer des informations au lecteur. Et encore, si ce n’était que quelques passages au début du livre pour la mise en place… mais non. C’est comme ça tout le long du roman et pour moi, ça ne passe pas. Un tel manque de naturel dans les dialogues me sort complètement de ma lecture. Par ailleurs, tout est très manichéen. Il n’y a aucune nuance dans le caractère des personnages. Si Serena aurait pu gagner en capital sympathie grâce à sa fille, l’effet est gâché par son comportement, à l’image de ce qu’on attend d’elle : froid et autocentré.

Les prétendantes, et en particulier Léonor qui incarne le point de vue à l’intérieur du vaisseau, auraient pu être attachantes. Malheureusement, l’auteur ne prend pas le temps d’approfondir leur psychologie et le tout est finalement survolé. Pourtant, il y avait matière à des choses intéressantes, car tous les adolescents ont été choisis en raison de leur passé tourmenté. Au final, j'ai été plus intriguée par deux personnages restés sur Terre et que l'on voit peu : un jeune prodige de l'informatique qui cherche des réponses au sujet de son père, et une jeune fille qui trouve les siennes dans la drogue.

Alors, peut-être ne suis-je tout simplement pas le public visé, mais si la lecture est restée somme toute plaisante, elle ne me pousse pas outre mesure à lire la suite. Même la fin, dont j’avais lu partout qu’elle nous laissait sur un suspense insoutenable, ne m’a pas renversée. Pour moi, on sait très bien ce qui va se passer et le cliffhanger (déclenché par un évènement que l’on attend depuis le début du livre ou presque), m’a laissée de glace...

vendredi 23 décembre 2016

Jardinier ou architecte ?

Sans doute avez-vous déjà entendu parler de ce vieux débat où s’affrontent les écrivains qui prônent la liberté de la plume et ceux qui ne jurent que par une préparation minutieuse de leur histoire, plans et fiches diverses à l’appui. Alors, quelle est la meilleure méthode ?

Lorsque j’ai commencé à écrire, je me pensais jardinière. Je me lançais dans une histoire avec juste une idée, un point de départ et parfois une fin. Mais entre tout cela, rien. Je partais à l’aventure et découvrais l’histoire que j’écrivais en même temps que les personnages qui la vivaient. Je trouvais cela exaltant d’être moi aussi un peu spectatrice, de me laisser guider par les caprices de mes héros, qui prenaient un malin plaisir à me surprendre. Il faut avouer que cette façon d’écrire est assez jouissive.

Pour autant, cette méthode a ses limites. Au fur et à mesure que l’on avance dans le récit, de nouvelles idées surgissent qui nécessitent parfois de reprendre des passages précédents. Ou bien l’on se perd dans les méandres de son texte et l’on écrit des paragraphes voir des chapitres entiers qui n’apportent rien à l’intrigue. Dans tous les cas, cette manière de faire nécessite une bonne relecture et de longues corrections a posteriori pour rééquilibrer le rythme de l’histoire et s’assurer que tout se déroule sans contresens, incohérence et oubli.

À l’inverse, il y a donc les architectes qui prévoient tout et dont le bureau est rempli de post-it, fiches et plans. Avec eux, tout est codifié, rangé dans des cases, au point que l’histoire est déjà construite de A à Z avant même d’avoir posé le premier mot du manuscrit sur le papier. Si cette méthode permet de se lancer dans l’écriture en toute sérénité, sans peur de la fameuse page blanche et en étant certain d’avoir une intrigue logique et bien posée, elle retire à mon sens beaucoup de créativité. Plus de place pour l’imagination ou les dérives d’envolées lyriques.

Alors que faire ?

Ça paraît évident, mais sans doute faut-il opter pour un juste milieu. Aujourd’hui, j’ai toujours beaucoup de mal à construire un plan, mais je pense que c’est indispensable pour avoir un cadre qui me guide. C’est un appui pour les jours où l’on manque d’idées, et une assurance de bien respecter les règles d’une « bonne » histoire.

J’ai d’ailleurs lu un très bon petit livre fait par une auteur qui recommande de planifier son récit surtout par souci d’efficacité. Par expérience, elle explique qu’elle peut grâce à cela écrire un roman en moins d’un mois, et envoyer un manuscrit convenable à son éditeur au terme de ce délai. Elle y donne aussi diverses astuces, comme le fait de construire chaque chapitre comme son roman, avec une sorte de mini intrigue chaque fois, répondant au schéma du triangle inversé (on part d’une situation générale, pour finir sur la résolution d’un problème en cours), tout en laissant un indice final qui incite à lire la suite. Elle décrypte intégralement l’un de ses livres pour illustrer sa méthode et parle de la structure classique d’une histoire. Je vous le recommande.

Il est disponible au format kindle, mais uniquement en anglais malheureusement.